Le marché mondial du recyclage des plastiques devrait passer de 31,5 milliards de dollars en 2015 à 56,8 milliards de dollars en 2025, selon le cabinet Grand View Research. En parallèle, la production de résines devrait être multipliée par quatre d’ici 2050, pour atteindre 1,12 milliard de tonnes. En Europe, seulement 30 % des produits plastiques usagés sont recyclés. Le résultat est encore bien loin des objectifs de Bruxelles dans le cadre de sa stratégie sur les plastiques, publiée en janvier. En France, les deux majors y voient des opportunités de croissance.
S’il faut investir en ce moment dans le recyclage, c’est bien pour favoriser le traitement des déchets plastiques. Comme en témoignent les politiques de croissance de Suez Environnement et Veolia, rivalisant d’innovations et de partenariats pour être au top des recycleurs de plastiques. Veolia prévoit ainsi de doubler son chiffre d’affaires du recyclage des plastiques en France à 150 millions d’euros avec la valorisation de 200 000 tonnes de matières, dont 100 000 t recyclées dans ses propres installations. Dans ce contexte, le groupe envisage de travailler sur deux grands axes : accompagner industriellement les politiques publiques dans le domaine des plastiques ménagers ; être prescripteur du tri à la source et construire des boucles locales d’économie circulaire pour les plastiques industriels.

Pour la première catégorie, les actions de Veolia reposent sur le développement de modes de collecte innovants, incitatifs et optimisés, comme la collecte participative en partenariat avec Yoyo, l’accompagnement de la modernisation des centres de tri de Citeo, l’innovation en capitalisant sur les acquis du tri automatique séquencé et du tri télé-opéré à distance, et l’industrialisation des outils de tri des DEEE. Pour augmenter le recyclage des déchets plastiques industriels, cela implique pour l’opérateur, d’organiser des collectes spécifiques et d’adapter les centres de tri et de transformation en fonction des besoins de l’aval. La digitalisation des opérations et du service client en ligne (opérationnel d’ici fin 2018) doit permettre d’accélérer la transformation en ce sens.
Vers une spécialisation des sites
Veolia compte sur un réseau de 89 centres de tri en France. Dans ce dispositif, le centre d’Amiens sert de laboratoire pour les dernières innovations techniques, telles que le tri télé-opéré et le process TSA2. Ce centre va prochainement recevoir un nouvel équipement, fruit d’un partenariat exclusif signé avec la société américaine BHS (Bulk Handling System). Il s’agit du robot de tri Max-AI qui couple la technologie du tri optique avec des capacités de préhension via un bras calibré pour la manutention de petites pièces (moins de 500 g). Il devrait permettre d’augmenter les cadences de tri puisqu’il annonce 3 500 prises, là où un opérateur humain est à 2 200 prises. Par ailleurs, le dispositif Veolia de transformation des plastiques recyclés recense actuellement trois usines en France : le principal est à Froissy, en Picardie, et traite 35 000 t/ an de plastiques. Il est complété par le centre de Brenouil, au nord de Paris qui recycle 15 000 t/an de plastiques et par le centre de Migennes, en Bourgogne, avec 3 000 t/ an de production. Tous sont capables de travailler sur plusieurs types de résines (PE, PP, PS, ABS) pour la production de granulés ou de paillettes. Par exemple, le site le plus important compte 14 extrudeuses, pour la production d’une cinquantaine de produits. Un quatrième centre de transformation est en projet afin d’augmenter la capacité et de répondre aux demandes des industriels. À terme, Veolia souhaite aller vers une spécialisation de ses sites sur certaines résines pour mieux répondre aux exigences de qualité des consommateurs industriels. Le rachat début mars de Plastic Recycling, JV entre Derichebourg et Plastic Omnium, reflète la volonté de Veolia de déployer une large palette d’outils industriels au service du recyclage des plastiques. Le site de Saint-Eusèbe produit 10 000 t/an de granulés rPP et rPE pour environ 9 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Fournisseurs directs de matières premières
Sa première expérience en France d’incorporer du plastique issu de PAM, dans des appareils ménagers du groupe Seb ne doit pas s’arrêter là. L’idée est de devenir fournisseur à part entière de matières plastiques recyclées, prêtes à l’emploi dans les process de fabrication industrielle.

C’est également le cas aux Pays-Bas où Veolia fournit du plastique recyclé à Philips depuis 2010. Cette coopération entre les deux groupes a démarré en effet avec le développement d’une nouvelle gamme d’aspirateurs contenant du PP recyclé. À cette époque, Veolia a conçu un matériau à partir de coques de batterie recyclées. Aujourd’hui, les aspirateurs de Philips contiennent entre 25 et 47% de plastique recyclé. Fort de ce partenariat de plusieurs années, Philips et Veolia étudient actuellement la possibilité d’utiliser du plastique issu des appareils en fin de vie du fabricant pour produire du plastique recyclé. Veolia teste par exemple au sein de ses laboratoires les propriétés physiques ou les caractéristiques colorimétriques des nouvelles résines recyclés
De son côté, le groupe Suez imagine devenir un acteur central dans la production européenne de matières plastiques recyclées, en associant les compétences de la pétrochimie. Il a intégré fin 2017 le groupe LyondellBasell dans sa société QCP (détenue lors de sa création en 2014 à hauteur de 45%), près de Maastricht aux Pays-Bas (photo d’ouverture). L’usine transforme les déchets ménagers en 25 000 tonnes de polypropylène (PP) et de polyéthylène haute densité (PEHD) par an. Avec un objectif de 35 000 tonnes en 2018 et 100 000 tonnes à partir de 2020, la capacité de production de l’usine sera unique en Europe, selon l’opérateur. LyondellBasell commercialisera les matières premières produites par QCP et Suez fournira à l’usine les déchets plastiques post-consommation. Les deux partenaires bénéficient de l’emplacement stratégique de QCP, au coeur du triangle Pays-Bas – Belgique – Allemagne et à proximité de la France.
La législation allemande incitative
Les PME ne sont pas en reste. Pour l’entreprise familiale Wermer & Mertz, l’intégration de plastiques régénérés dans les flacons de ses produits détergents vendus en Europe (Frosch Outre-Rhin et Rainett en France) a démarré il y a cinq ans. Résultat : l’entreprise commercialise aujourd’hui des emballages fabriqués à 100 % en rPET transparent sur l’ensemble de ses marchés. Pour y parvenir, le groupe s’est associé au régénérateur Alpla qui dispose de deux usines en Pologne et en Autriche. Réceptionnant des flux en mélange de paillettes plastiques issus de la collecte sélective, il procède à un tri rigoureux des résines et en particulier du PET clair, qu’il fournit ensuite à Wermer. Rappelons par ailleurs qu’en Allemagne, la nouvelle loi sur les emballages applicable en 2019, obligera à recycler 63 % des gisements de déchets plastiques d’emballages, contre 36 % aujourd’hui. Cela représentera un flux supplémentaire à traiter de 700 000 tonnes de matière d’ici à 2022. Une incitation qui va sans doute pousser les industriels à faire plus d’efforts.
Du stylo à la table de pique-nique
En Europe, la marque de stylos BIC veut aussi être de la partie. Son partenariat annoncé l’automne dernier avec Terra Cycle, Govaplast et le fabricant de mobiliers de plein-air Plas Eco en France contribue désormais au recyclage de ses stylos. Grâce à l’installation d’un dispositif de boîtes de collecte, Terra Cycle a récupéré depuis 2011, plus de 11 millions de stylos dans les écoles, les bureaux, les administrations en France et plus de 23 millions en Europe (cela représente environ 70 tonnes de matière). Une fois broyé, le gisement est envoyé en Belgique chez Govaplast.

Ce fabricant de planches et panneaux en plastique recyclé travaille ainsi depuis deux ans avec BIC. Il a reçu jusqu’à présent plus de 25 tonnes de paillettes issus de stylos (composés de PP et de Pehd) qui entrent à hauteur de 80 % dans la composition des planches. Le reste est constitué d’autres déchets d’emballages plus souples comme le Pehd et le Pebd. Les planches sont expédiées chez Plas Eco en France qui assemble, construit et commercialise du mobilier urbain baptisé Ubicuity et décliné en bancs d’écoles, tables de pique-nique, ou jardinières pédagogiques.
En savoir plus sur la stratégie européenne sur les plastiques
Crédit : Suez (Ermindo Armino) Veolia (Christophe Majani d’Inguimbert), BIC
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